Traducteur indépendant allemand-français et anglais-français, diplômé de l'ESIT (École Supérieure d'Interprètes et Traducteurs)

Traduire avec une Surface Pro

L’été dernier, l’ordinateur que j’avais monté à petit budget lors de mon installation a commencé à montrer les limites de ses capacités, malgré des réparations et améliorations régulières. J’ai longuement étudié les offres du marché, hésité entre acheter à nouveau un ordinateur «en pièces détachées» ou prendre un ordinateur portable, réfléchi à la puissance nécessaire, etc. Et je me suis finalement décidé pour une Surface Pro 4 de Microsoft, qui promettait une excellente portabilité. Après bientôt un an d’utilisation, il est temps de dresser un bilan sous un angle simple: la Surface Pro 4 est-elle un bon choix pour un traducteur?

1. Pourquoi une Surface?

Avant toute chose, je dois répondre à cette question en apparence toute simple: pourquoi une Surface, et pas un ordinateur fixe ou un ordinateur portable?

J’ai déjà tenté le combo PC fixe + portable, avec une synchronisation dans le cloud pour synchroniser les fichiers non sensibles. Mais cette association n’a pas fonctionné pour moi. Le portable n’a presque jamais servi, les transferts de fichiers de l’un à l’autre étaient trop contraignants à mes yeux, sans parler de l’obligation, pour certains logiciels, de payer deux licences. J’ai donc longtemps tourné avec un simple ordinateur fixe, une solution qui m’a satisfait pendant quelques années. Mais j’en vois aujourd’hui les limites: c’est bête, mais nous expérimentons parfois quelques coupures de courant en Bretagne, et migrer tout mon bureau chez des amis ou chez mes beaux-parents à chaque fois pour finir un projet ou livrer avant l’échéance du délai est un peu complexe. Au-delà de cette problématique, je ressentais le besoin d’avoir une vraie solution mobile, de pouvoir, ponctuellement, décider de travailler hors de chez moi: le soir ou dans les transports quand je suis en formation, dans un café ou une bibliothèque, éventuellement dans espace de coworking si je me rapproche un jour de ce type de lieu, plutôt rare en campagne.

Bref, je cherchais une vraie solution mobile et la solution de l’ordinateur portable relié aux écrans ne me tentait pas, je trouvais que ça entraînait pas mal de perte de place sur mon bureau. La solution hybride qu’offre la Surface répondait donc parfaitement à ma problématique, avec en plus la possibilité de prendre des notes à la main pendant les formations grâce à l’écran tactile et au stylet.

2. Mes besoins et mon choix

Pas de test ni de retour d’expérience valable sans détailler les besoins. Pour mon travail, j’avais donc besoin de pouvoir utiliser notamment les logiciels suivants, potentiellement en même temps:

  • Suite Microsoft Office (Outlook, Word, OneNote, Excel, PowerPoint)
  • SDL Trados Studio (2015, puis 2017)
  • Transit NXT
  • Firefox (avec généralement beaucoup, beaucoup d’onglets ouverts)
  • Dragon NaturallySpeaking
  • Antidote
  • Un antivirus
  • Et plein d’autres choses annexes (comptabilité notamment)

Bref, que de l’assez classique pour un traducteur. Rien de très gourmand, mais il me fallait un peu de puissance quand même. J’ai donc choisi une Surface Pro 4 équipée d’un processeur Intel Core i5, de 8 Go de RAM avec un stockage de 256 Go. Je ne ferai pas ici le tour de spécificités techniques, d’autres l’ont fait bien mieux que moi. J’ai simplement ajouté une station d’accueil Microsoft pour projeter l’affichage sur 2 écrans 27″, le Type Cover (le clavier-protection de Microsoft) pour l’utiliser en mobilité et un gros disque dur externe pour «archiver» mes projets (j’ai en réalité «recyclé» le disque 1 To de mon ancien ordinateur).

3. J’aime

Commençons par les points positifs de cette Surface.

  • D’abord, je suis absolument bluffé par la fonctionnalité Windows Hello, qui déverrouille l’ordinateur par reconnaissance faciale. C’est très rapide (il faut que je sois assis pour être au niveau de la caméra), très efficace. Je n’ai pas joué à la prendre en défaut avec une photo ou quelque chose comme ça pour tester la sécurité. C’est une fonctionnalité qui peut sembler un peu gadget, mais il y a quelque chose d’agréable à n’avoir qu’à s’assoir à son bureau pour que l’ordinateur ouvre la session.
  • La Surface est très silencieuse et chauffe très peu. J’avais peur me retrouver avec, au choix, un radiateur ou un ventilateur sur mon bureau, mais ce n’est pas le cas. Le refroidissement liquide (donc silencieux) suffit 99% du temps et le ventilateur ne s’active qu’occasionnellement, lorsque le processeur est un peu plus sollicité (par exemple pour créer un dictionnaire AutoSuggest, pour faire une grosse mise à jour, notamment de Windows, ou encore pour une analyse antivirus).
  • J’ai observé très peu de ralentissements. Quelques bugs avec Outlook récemment (mais pas forcément liés à la Surface elle-même), mais globalement, Trados et Transit sont presque toujours ouverts en même temps et le processeur comme la RAM restent peu utilisés: d’après mes mesures, l’utilisation du processeur est inférieure à 10% en usage normal (peut approcher ponctuellement les 100% en analyse Antidote ou Trados) et j’ai rarement réussi à dépasser les 70% d’utilisation de la RAM avec Trados, Transit, Windows Media Player, l’explorateur de fichiers, 12 onglets Firefox, Outlook, Dragon, Antidote, OneNote, Dropbox et mon antivirus de lancés (sans compter tout ce qui tourne en arrière-plan).
  • Détail qui a son importance pour moi: aucun risque de perte de données en cas de coupure de courant, puisque la batterie prend le relai.
  • J’apprécie beaucoup la souplesse d’utilisation: pouvoir travailler dans le bureau, mais suivre un MOOC ou une téléformation dans mon salon ou dehors, prendre des notes avec le stylet pendant une conférence et promener la Surface facilement (elle fait la taille d’une feuille A4 et se révèle plutôt légère).

4. J’aime moins

Malheureusement, rien n’est jamais parfait, et cette histoire n’échappe pas à la règle:

  • Un problème que je n’explique pas: la mise en veille de la tablette pose des problèmes de reconnaissance de mes écrans. Au départ, la Surface oubliait tous mes paramètres d’affichage à chaque mise en veille, mais cela venait d’une station d’accueil défaillante (l’un des mini DisplayPort est tombé en panne au bout d’un mois, donc retour en garantie). Je n’ai plus ce problème depuis que j’ai reçu une nouvelle station, mais il reste quelque chose d’étrange: la plupart du temps, quand la surface sort de veille, elle a déplacé toutes les fenêtres sur les différents écrans et les a redimensionnées et ne détecte plus les enceintes de mes écrans. Un redémarrage règle le problème, mais c’est un peu désagréable. J’ai donc désactivé la mise en veille lorsque la Surface est branchée.
  • Parfois quelques bugs d’affichage, mais qui se règlent au fil des mises à jour (je n’en ai plus eu depuis longtemps).
  • Le zoom d’écran par défaut est réglé sur 150%. C’est plutôt bon pour un usage sur l’écran de la Surface, mais il faut penser à le ramener à 100% sur les écrans déportés.
  • L’espace de stockage est plutôt réduit. Cela suffit largement pour travailler plusieurs semaines (au moins) sans se poser de question, mais mieux vaut faire de la place régulièrement. J’ai donc choisi d’acheter un boîtier pour transformer le disque dur interne assez récent de mon ancien PC (1 To) en disque externe et j’essaie de penser, tous les vendredis, à y déplacer les projets terminés. Prochaine étape: automatiser cet archivage.

5. Bilan

C’est l’heure du bilan. Que penser de cet étrange objet qu’est la Surface? Est-ce vraiment «la tablette qui remplace votre ordinateur», comme le promet Microsoft?

Eh bien, pour moi, Microsoft tient son pari. Après trois essais plus ou moins réussis, la Surface Pro dans sa version 4 est un produit assez abouti: performant, silencieux, plutôt stable (autant que tout autre ordinateur sous Windows) et vraiment mobile. Je n’ai pas grand-chose à lui reprocher. Le gros avantage, c’est de pouvoir utiliser tous les logiciels auxquels on est habitué, mais sur une tablette. L’expérience de Trados sur tablette, par exemple, n’est certes pas optimale, mais fonctionne, et ça peut sérieusement dépanner. Windows 10 gère plutôt bien les transitions entre mode tablette et mode ordinateur (quelques adaptations d’interface). L’utilisation du stylet est plutôt efficace et naturelle pour écrire, annoter des documents, etc. Dans les premiers temps, je me suis même surpris à approcher le stylet ou mes doigts de mes deux écrans qui, eux, ne sont pas tactiles.

Reste une épineuse question: la Surface vaut-elle son prix (entre 999€ et 2329 € TTC hors promotions selon le modèle, plus 149,99€ pour le Type Cover de base et 229,99€ pour la station d’accueil)? Car oui, l’addition est plutôt salée et avoisine rapidement les 2000€ pour un modèle de milieu/haut de gamme. Clairement, à performances égales, c’est beaucoup, beaucoup plus cher qu’un ordinateur fixe ou même qu’un portable. Quant au prix de la mobilité et de la souplesse d’utilisation, il est très subjectif. En ce qui me concerne, je ne regrette pas ce choix. Je suis vraiment enthousiasmé par la Surface.

Puisque la nouvelle version de la Surface Pro (sobrement appelée Surface Pro, sans numéro) vient d’être annoncée pendant que je finalise ces lignes, que faut-il en penser? De ce que j’ai vu, Microsoft annonce une autonomie plus longue de 50%, ce qui est toujours bon à prendre, a priori davantage de puissance, et plusieurs modèles avec refroidissement sans ventilateur, ce qui me semble pertinent vu que la Pro 4 chauffe déjà peu. Petit point noir pour moi: elle n’est plus livrée avec le stylet, annoncé plus efficace, mais aussi plus cher que la version précédente. Il faut voir si le prix en tient compte. Mais, si cette nouvelle version devrait se révéler aussi intéressante que l’ancienne, les changements semblent mineurs par rapport à la Pro 4 pour l’usage qui nous concerne.

 

Et toi, tu travailles comment? PC fixe, portable, ou hybride? N’hésite pas à me demander si ne sais pas encore quoi choisir!

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