Traducteur indépendant allemand-français et anglais-français, diplômé de l'ESIT (École Supérieure d'Interprètes et Traducteurs)

Cinq conseils pour réussir sa première année en tant que traducteur indépendant

Le 3 septembre 2012, diplôme de l’ESIT en poche, je me lançais dans l’aventure de l’indépendance. Aujourd’hui, pile un an après, j’en dresse un bilan plutôt positif. Et ce bilan m’a donné une idée : partager avec d’autres les recettes qui m’ont permis d’en arriver là.
Jeune traducteur, si tu viens de t’installer ou si tu hésites à te lancer, ce billet est fait pour toi : voici mes cinq conseils pour partir sur de bons rails. Certains te sembleront peut-être évidents, mais « si cela va sans dire, cela ira encore mieux en le disant »*, n’est-ce pas ?

1. Se former

Eh oui, jeune collègue. Comme moi il y a un an, tu quittes probablement les bancs de l’école, non sans soulagement, mais ce n’est pas encore fini. S’il y a plusieurs thèmes de formation, je pense que le principal en ce début de carrière, c’est de te former à la réalité du métier et aux obligations légales qui vont avec. La première formation que je te recommande, c’est « Réussir son installation et se constituer une clientèle », de Chris Durban et Nathalie Renevier, proposée régulièrement sur le site de la Société française des traducteurs (SFT). Tu y apprendras quelques principes de base de la relation clientèle, mais surtout, tu y découvriras les différents statuts qui s’offrent à toi (autoentrepreneur, libéral, portage, etc.).

Ensuite, je te recommande surtout des formations comptables (si tu as une Association de gestion agrée, elle en propose certainement) ainsi, éventuellement, qu’une formation à la TAO. La formation comptable est essentielle si tu veux éviter des erreurs de gestion qui peuvent coûter très cher.

S’il te reste du temps, n’oublie pas non plus de poursuivre ta formation à la traduction proprement dite, bien entendu. Sinon, il sera toujours temps de le faire l’année prochaine, une fois que tu seras parti sur de bonnes bases.

2. Faire des rencontres

Si, pour toi, un traducteur indépendant passe son temps seul derrière son ordinateur, alors tu devrais revoir ton jugement. En effet, il est essentiel, sinon vital, pour un traducteur indépendant de rencontrer ses collègues régulièrement. Mais ne vois pas ces rencontres comme autant de contrats potentiels : si certaines peuvent t’en apporter, leur intérêt est en réalité bien différent. Tu y trouveras la possibilité de parler avec des personnes qui te comprennent et qui comprennent ton métier, et ces personnes pourront t’apporter de précieux conseils.

Les délégations régionales de la SFT organisent régulièrement des rencontres plus ou moins informelles, souvent ouvertes aux non-membres (notamment les Matinales, pour les Parisiens). C’est l’occasion rêvée de rencontrer tes collègues et de nouer de premiers liens. Ensuite, tu pourras aussi adhérer à la SFT et participer à la vie de la délégation locale, c’est un excellent moyen de faire des rencontres.

3. Réactiver ses réseaux

J’ai déjà évoqué cette question en parlant des rencontres, mais pour un indépendant, le réseau, c’est la vie. Tu as sûrement gardé contact avec des amis d’enfance ou de fac, voire d’anciens professeurs : recontacte-les et donne-leur de tes nouvelles, notamment professionnelles. Certains te proposeront d’eux-mêmes de parler de toi autour d’eux. Pour les autres, ce n’est pas grave. Ils le feront peut-être quand même. Tu peux mettre du temps avant de voir les premiers résultats, mais cette démarche peut payer.

En ce qui me concerne, mes premiers clients étaient des amis, des connaissances, voire des amis d’amis. Et aujourd’hui, je travaille encore avec eux.

4. Prospecter

Bien évidemment, la prospection est inévitable. Les précédents conseils sont d’ailleurs déjà une forme de prospection, mais cela ne suffira pas. Et malheureusement, il n’existe pas de recette miracle dans ce domaine.

Les agences sont souvent plus abordables que les clients directs pour un jeune traducteur, mais encore faut-il savoir les sélectionner : si tu tapes « agences de traduction » dans ton moteur de recherche favori et que tu les démarches toutes, tu as peu de chances d’aboutir à un résultat satisfaisant par rapport au temps investi. On m’a un jour conseillé de démarcher en priorité les agences qui recrutent (que ce soit pour un poste en interne ou en externe), car celles-ci sont alors plus attentives aux e-mails qu’elles reçoivent. Cela ne fonctionne pas non plus à tous les coups, mais les retours sont déjà plus nombreux.

Par ailleurs, les plates-formes du type Proz peuvent également s’avérer intéressantes. J’ai longtemps été sceptique face aux nombreuses offres à des prix dérisoires, mais j’ai fini par payer l’adhésion il y a peu de temps sur les conseils d’un collègue, et je commence à avoir des retours. Si tu remplis bien ton profil et que tu réponds rapidement aux offres qui t’intéressent, tu pourras trouver quelques clients.

Deux points essentiels : ne te vends pas à n’importe quel prix (mieux vaut ne pas travailler que travailler pour rien, n’est-ce pas ?), et, surtout, n’arrête jamais de prospecter. Même si tu es débordé de travail, garde au moins un œil sur les offres qui circulent. Car rien ne te garantit que tes clients te donneront autant de travail le mois suivant, j’en ai moi-même fait la douloureuse expérience.

5. Surveiller sa présence en ligne

Tu as probablement un compte Facebook, Twitter, ou autre, n’est-ce pas ? Attention, il peut te desservir plus qu’autre chose si tu ne l’utilises pas correctement. Voici quelques conseils de base :

  • Ne poste pas de photo ni de propos injurieux ou indélicats. Ta dernière soirée n’intéresse pas grand monde, et tes déboires avec tes clients encore moins, surtout si tu les désignes nommément.
  • Sécurise ton compte Facebook : pas de profil public, recherche limitée à tes amis, éventuellement aux amis de tes amis, mot de passe solide, etc.
  • Utilise un pseudonyme : tu limiteras ainsi les risques qu’un client ne découvre des détails sur ta vie dont tu n’es pas forcément fier. Cette précaution peut sembler superflue si ton compte est bien sécurisé, mais on ne sait jamais.
  • N’accepte pas tes clients parmi tes amis.

Ces quelques règles devraient te permettre d’éviter que tes clients ne tombent sur des informations qui ne les concernent pas, et donc de ternir ton image. Maintenant, il te faut encore soigner ta présence professionnelle. Voici quelques idées :

  • Site internet : dans l’idéal, fais appel à un webdesigner. Ton site est une vitrine, il ne faudrait pas qu’il semble fait par un amateur. Et surtout, soigne les textes : ils doivent être courts, percutants, et rédigés dans une langue irréprochable. N’hésite pas à faire relire ta version française par un œil extérieur, et fais traduire les contenus par des professionnels. Enfin, choisis-toi un nom de domaine. Ce n’est ni cher, ni compliqué, et une adresse du type www.monsiteprofessionnel.com fait tout même plus sérieux que www.monsitepro.fournisseur-gratuit.com.
  • Réseaux sociaux : tu peux t’inscrire sur des réseaux professionnels tels que LinkedIn, Viadéo, Xing, ou d’autres, selon tes langues de travail. Si tu veux être présent sur Facebook, préfère une page d’entreprise (ou « fanpage ») à un profil classique.

Mais n’oublie surtout pas la règle essentielle : mieux vaut ne pas être présent sur internet que d’y avoir une mauvaise réputation !

Voilà, jeune collègue. J’espère que ces quelques conseils issus de mon expérience personnelle et professionnelle pourront t’aider à te lancer. Mais j’ai encore un petit conseil avant de clore ce billet : ne perds pas de vue tes projets ! Ce sont eux qui te feront avancer et t’aideront à te motiver. Il peut s’agir de projets professionnels (assister à une formation particulière, travailler avec un client spécifique, etc.) ou de projets personnels (acheter quelque chose dont tu as envie, te lancer dans une activité de loisir, etc.). Pour ma part, d’un point de vue professionnel, j’envisage d’assister à la prochaine Université d’été de la traduction financière si celle-ci ne se déroule pas trop loin, de me former à SDL Trados Studio 2014 lorsqu’il sera sorti, ou encore de démarcher de nouveaux clients dans mon domaine de spécialité. Quant aux projets personnels… Eh bien, ils sont trop nombreux pour être dévoilés ici ! Mais certains feront peut-être l’objet d’un billet, si l’occasion se présente.

* Citation de Charles-Maurice Talleyrand

3 commentaires.

Sébastien dit :

Merci pour ces conseils ! Je me suis lancé dans la traduction (en auto-entrepreneur) il y a quelques mois, et le moins que je puisse dire, c’est que les affaires ne démarrent pas vite… Je scrute attentivement les réseaux et je postule non-stop, et je compte m’inscrire sur ProZ prochainement (ça finira bien par payer, comme tout le monde le dit).
Une petite question, qu’entends-tu par « ne te vends pas à n’importe quel prix » ? Mes profs me disaient sans cesse que la traduction anglais > français vaut 0,10 euro par mot (sauf pour le médical où on peut aller à 0,12), mais les prix que je vois sur Internet sont bien inférieurs à ça ! Si ce n’est pas indiscret, avec quels tarifs as-tu commencé ?

Sébastien

Kevin Dinant dit :

C’est vrai qu’il faut être patient. Les premiers mois peuvent être longs. Si mes premiers mois ont été bien chargés (je suis arrivé dans une agence qui avait justement un gros projet et personne à qui le donner, la chance aide parfois), j’ai aussi connu trois mois de prospection largement infructueuse peu de temps après, mais il ne faut surtout pas perdre espoir.

Je pense que les prix que t’ont donné tes professeurs sont effectivement des prix minimaux. Il s’agit d’un sujet assez peu abordé, il est donc assez difficile de se faire une idée, mais tous les traducteurs installés en France avec lesquels j’en ai parlé sont d’accord là-dessus: 0,10€, c’est un peu un minimum si on veut pouvoir payer ses charges à la fin du mois/de l’année tout en vivant (pour ceux installés dans d’autres pays, c’est peut-être différent car potentiellement moins de charges). Mais ça peut monter au-delà de 0,12€, j’ai entendu une formatrice annoncer qu’elle travaillait pour le triple environ (mais dans un domaine hyper spécialisé, plus ou moins une niche je pense).
Tout le problème, ce sont les langues de travail car certaines paient mieux que d’autres. Il y a plusieurs blogs qui parlent de comment fixer ses tarifs et donnent des conseils (de mémoire, je crois que Ma voisine millionnaire et TremaTraduction en parlent, notamment, et si ce n’est pas le cas, leur blogs valent le détour quand même). La SFT a aussi publié une enquête sur les tarifs. Elle date un peu (2009 je crois), mais c’est toujours mieux que rien.

Enfin, j’ai envie de répéter ce que je ne sais plus qui m’a dit un jour (ou alors l’a écrit sur son blog): on ne peut que perdre si on fait la course au tarif le moins cher, car on trouvera toujours quelqu’un de moins cher encore. J’en veux pour preuve certaines offres de Proz à 0,01€ le mot. Après, il y a plusieurs marchés de la traduction, comme partout: le low-cost, la moyenne gamme et le haut de gamme. Et je doute que le low-cost soit le plus rentable, ni le plus flatteur pour notre propre ego. Sans beaucoup d’expérience, il est souvent difficile de se vendre à un prix trop élevé (comme partout), mais il faut quand même veiller à ne pas tout accepter.

Sébastien dit :

Merci de ta réponse. Je suis d’accord avec ce que tu dis sur les prix, la traduction low-cost ne mène à rien. J’ai souvent vu des projets payés 0,03 USD le mot ; à ce prix-là, personne ne peut vivre décemment (du moins pas en France). Bref, ça confirme ce que mes profs me disaient et ça me rassure 🙂

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